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Qui est Akila Esso BOKO ?

Akila Esso BOKO François Akila Esso BOKO
Ministre de l'Intérieur
du TOGO de 2002 à 2005

Né le 29 janvier 1965 en pays kabyè au TOGO, Akila Esso BOKO a fait ses études primaires et secondaires au Togo avant d'entrer, en 1984, à l'Ecole spéciale de Saint-Cyr (Coëtquidan - France), dont il obtient le diplôme en 1987.

Il intègre ensuite l'Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale, à Melun (en banlieue parisienne), dont il sort diplômé en 1988.

De retour dans son pays natal dès 1988, il travaille, pendant cinq ans, pour les Forces Armées togolaises.

En 1993, il retourne en France dans le but de parfaire sa formation intellectuelle.

Il soutiendra avec succès une thèse de Doctorat en Sciences Politiques à l'Université de Paris I Sorbonne et décrochera le Certificat d'Aptitude à la Profession d'Avocat (CAPA) à l'école de formation du barreau à Paris en 1998.

Ainsi armé, il nourrit les ambitions d'une carrière professionnelle conforme à son profil intellectuel lorsqu'il regagne définitivement le Togo.

En décembre 2002, à sa grande surprise - et à celle, non moins grande, de tous ceux qui le connaissaient -, il est nommé Ministre de l'Intérieur par le général Eyadéma. Partagé entre l'envie de servir son pays et la volonté de rester fidèle à ses principes, il finit par accepter le poste, en se disant que le changement ne s'obtient jamais en dehors des institutions.

C'est donc de l'intérieur qu'il choisit de faire bouger les choses, sans sous-estimer la lourdeur de la machine.

Regrette-t-il aujourd'hui d'avoir osé croire faire évoluer ce régime de l'intérieur ? Il faudra attendre qu'il sorte libre, sain et sauf de son asile provisoire pour avoir la réponse.

Toujours est-il qu'en posant l'acte qu'il a posé, à ce moment précis où il l'a fait, Akila Esso BOKO a pris, sans l'avoir spécialement cherché, rendez-vous avec l'Histoire.

Durant les trois années passées au poste de ministre de l'Intérieur, il a ouvert des dossiers sensibles, initié de grands projets, notamment par rapport à la réforme de l'appareil judiciaire, dont certains ont abouti de manière positive et satisfaisante.

Ce grand rêveur pensait que le décès d'Eyadéma était une occasion unique pour reconstruire le Togo en l'amenant de manière irréversible vers l'Etat de Droit, avec des bases solides pour une réelle démocratie.

Très vite, il réalise, à ses dépens, que l'avidité du pouvoir était plus forte que tous ces beaux idéaux dans le clan Gnassingbé, en particulier de Kpatcha et Faure, deux des fils du président défunt avec qui il croyait partager la nécessité de mettre le pays sur la voie de la Liberté.

Selon certaines confidences, la grande divergence entre Faure GNASSINGBE et Akila Esso BOKO résiderait dans le franc-parler de ce dernier qui estimait que permettre au fils de remplacer le père après trente-huit ans de règne sans partage était un gros risque qui conduirait le pays dans une crise sans fin (car les haines, les frustrations réelles ou supposées étaient grandes). Aussi conseilla-t-il à son " ami " de fraîche date Faure - il l'a découvert seulement à l'entrée de ce dernier au gouvernement, en juillet 2003 - de patienter et d'attendre son heure. Akila Esso BOKO a même pris le temps de démontrer à son " ami " que le chantier qui attend le peuple togolais après Eyadéma est celui de la réconciliation, et qu'il n'était pas le plus indiqué pour conduire avec succès un tel challenge. En vain. L'inextinguible soif de pouvoir des Gnassingbé ne les prédisposait pas à accepter de tels conseils.

Indirectement, Faure lui répondra lors de la Convention d'Investiture de l'ex-parti unique en mars 2005 : " mon père, le président-fondateur [du Rassemblement du peuple togolais] m'a toujours dit que si nous laissons le pouvoir nous échapper, nous ne le retrouverons jamais ". Voilà qui est clair !

Reprendre à son compte un tel testament, fût-il de son père, dénote, au moins, de la cupidité politique de Faure Gnassingbé. Ce jeune homme qui, parait-il, aurait fait de brillantes études, n'avait manifestement pas dans ses bagages intellectuels les instruments pour être de sa génération. Malgré son jeune âge, il a préféré vivre dans le monde, dépassé, de son père. Pour parvenir à ses fins, il n'hésitera d'ailleurs pas à violer la Constitution déjà fort malmenée par son père. Ainsi, a-t-il voulu transformer le Togo, république jusqu'à nouvel ordre, en une monarchie de pacotille.

Cette tentative ayant échoué, il choisit de forcer son destin en marchant sur des centaines de cadavres pour conserver le pouvoir comme le lui avait conseillé son père.

Dans ce contexte, Akila Esso BOKO entendait, en sa qualité de ministre de l'Intérieur en charge des élections, organiser des scrutins libres et transparents à l'occasion de la présidentielle. Jusqu'au bout, il a résisté aux pressions, refusé d'organiser la fraude. En désespoir de cause, il a fini par jeter l'éponge, en attirant néanmoins l'attention du monde entier sur les risques que l'on faisait courir au pays en tenant ce scrutin dans des conditions de transparence aussi douteuses.

La suite, on la connaît : une mascarade électorale, des militaires emportant les urnes avant la fin du dépouillement, et des soldats tirant sur des populations civiles... Akila Esso BOKO craignait le désastre que l'on observe aujourd'hui. Les autorités togolaises et quelques responsables africains en charge du dossier ont préféré ignorer ses mises en garde, parce qu'il fallait conserver le pouvoir entre les mains du clan Gnassingbé, à tout prix, y compris de centaines de morts et de blessés graves, et de milliers de citoyens partant en exil, pour fuir les violences des forces armées.

Il reste à savoir comment la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest, et plus généralement la communauté internationale, justifieront, a posteriori, le silence et l'indifférence qui font couler aujourd'hui tant de sang.

CBG

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