LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO
LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO
  • Accueil
LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO
  • Togo
LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO
  • Forum
LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO
  • Contact
LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO
  • Biographie
LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO
  • Bibliothéque
LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO
  • Paroles et Ecrits
LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO
  • Sites sur le Togo
LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO
 

 

LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO

L'imaginaire collectif tissé autour de l'action de prise de pouvoir par les militaires, des représentations symboliques et théoriques. Ainsi, le putsch est-il perçu comme une action salvatrice. Cette perception est d'autant plus forte que les frustrations populaires nées du passé sont rationnellement récupérées par le nouveau pouvoir.

On ne saurait véritablement comprendre la charge symbolique de la prise de pouvoir par les militaires sans faire référence à la vie politique antérieure. En effet, à l'enthousiasme suscité par les indépendances de 1960 a rapidement succédé le désespoir des populations face au projet de mieux-être social et de liberté rendu hypothétique par l'exercice catastrophique du pouvoir déchu. En effet, presque partout sur le continent, l'autoritarisme répressif s'est substitué à la liberté que caressaient les populations à l'heure des indépendances, la violence improductive a remplacé les velléités de développement économiques, tandis que les pratiques prédatrices des élites à des fins de contrôle politique et de consommation ostentatoire, a renvoyé aux calendes tout espoir de répartition équitable et de justice sociale.

C'est très souvent dans ce contexte de frustration et de déception, sur fond réel de crise de légitimité, que se produisent la plupart des coups d'État. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant de voir des populations vilipender le régime renversé pour accueillir à bras ouverts les nouveaux dirigeants considérés, non pas comme des putschistes, mais comme de véritables libérateurs. Des études antérieures ont déjà montré l'ambiance de liesse générale dans laquelle baignent très souvent les militaires rédempteurs au lendemain des coups d'État. De cette ambiance d'ailleurs, ils tirent leur légitimité populaire, qui leur confère le droit d'exercer le pouvoir sans attendre l'investiture des urnes. Mais, au-delà de ces recherches antérieures, l'actualité politique africaine nous enseigne que ces phénomènes sont aussi observables même dans l'Afrique de l'ère démocratique. Au Niger, au lendemain du coup d'État du lieutenant-colonel Bare Maïnassara, les populations ont, par des marches et des slogans, légitimé une action qui, au regard du nouvel ordre politique international, paraissait anachronique.

Ainsi le militaire libérateur, désormais fort de la légitimité qu'il a tiré des manifestations populaires et donc de cette ressource symbolique, va soigneusement, par un discours savant, renforcer ce que l'imaginaire collectif a déjà perçu et généré, c'est-à-dire le sentiment que les militaires sont les libérateurs et les justiciers. À cet égard, la rhétorique qui contribue à renforcer les perceptions et représentations symboliques est assez éloquente. En République Centrafricaine (R.C.A.), le 1er janvier 1966, le colonel Bokassa déclarait : " Depuis ce matin 3 H 20, votre armée a pris le pouvoir de l'État. Le gouvernement Dacko est démissionnaire. L'heure de la justice a sonné. La bourgeoisie de la classe privilégiée est abolie. Une ère nouvelle d'égalité entre tous les citoyens est instaurée ".

Trente ans après, il semble plutôt que c'est de cette bourgeoisie qu'a certainement besoin le régime d'Ange Patassé pour relancer une machine de production des richesses, sérieusement mise à mal par les événements d'avril 1996. Au Mali, sur un autre registre, mais toujours avec le même objectif, Moussa Traoré galvanise son peuple en le faisant caresser des lendemains démocratiques. Le 19 novembre 1968, il déclare sur les ondes nationales : " Maliennes, Maliens, l'heure de la liberté a sonné. Le régime dictatorial de Modibo Keita et de ses valets a chuté. Le comité militaire de libération assume désormais tous les pouvoirs politiques et administratifs et promet des institutions démocratiques qui seront issues d'élections libres ". Ironie du sort, une dictature remplaça une autre : il fallut attendre la fin brutale de vingt-trois ans de pouvoir dictatorial de Moussa Traoré pour que le peuple malien connaisse, pour la première fois dans son histoire postcoloniale, des élections libres et démocratiques.

Au Bénin, on retrouve la même rhétorique. A la suite du coup d'État du 26 octobre 1972, le lieutenant-colonel Mathieu Kerekou proclame, le 30 novembre : " Le peuple dahoméen attend de son armée la restructuration de l'État, le redressement économique et social du pays, l'exemple du sens civique, du respect de la personne humaine, de la gestion saine des affaires de l'État " - autrement dit tout le contraire de ce qu'il laissera, dix-neuf ans après, comme héritage au nouveau pouvoir sorti des urnes en 1991.

Au Niger, le lieutenant-colonel Seyni Kountche sacrifie au rituel quand il déclare : " Après quinze ans de règne jalonnés d'injustice, de corruption, d'égoïsme et d'indifférence à l'égard du peuple, nous ne pouvons plus tolérer la permanence de cette oligarchie ".Vingt et un ans après, son ancien aide de camp a bien assimilé la leçon et reprend une rhétorique qui pendant longtemps risque de faire encore école. Or cette récurrence n'est pas innocente. Elle rentre dans une logique d'investissement de ressources politiques indispensables pour renforcer l'image de sauveur, de justicier et de redresseur que le militaire, nouvellement arrivé au pouvoir par la force des armes, entend entretenir. Ainsi démontrée, la savante récupération de la frustration populaire née d'un passé douloureux arrive à renforcer les perceptions et les représentations populaires. Elle confirme ainsi le peuple dans l'image salvatrice et rédemptrice qu'il a de l'action de son armée venant de franchir le rubicon.

Mais au-delà des perceptions et de l'imaginaire populaire, le piège des théories développementalistes a laissé croire à un moment que l'armée était porteuse d'espérance en accédant au pouvoir, car, selon les tenants de ces théories, elle seule pouvait, dans une Afrique qui se cherche, moderniser et rénover. Les militaires et leurs idéologues s'en sont bien servi.



Le piège des théories développementalistes

Ces théories développementalistes, qui ont tenté d'expliquer la " latinisation " de l'Afrique, indépendamment des coups d'État, ont privilégié la piste de la capacité et de la volonté modernisatrice des militaires pour comprendre leur irruption dans la vie politique. Ces théories, dont l'école du " modernizing soldier " s'était fait l'écho, voient dans les blocages ou les maux dont souffrent les sociétés africaines postcoloniales (corruption, népotisme, tribalisme, mal développement, etc.) l'explication majeure des coups d'État. De plus, elles sont très optimistes quant à la capacité des militaires à moderniser et à rénover.

Déjà en 1967, des chercheurs aussi célèbres que l'Italien Maurio Fotia voyait dans l'armée une véritable classe " d'intelligentsia en uniforme ", dans laquelle certains pays indépendants devraient puiser " les administrations modernes, les maires, les sous-préfets, les premiers experts économiques, les premiers ingénieurs savants... parce qu'il n'y avait pas d'instruction en dehors de l'armée ".

Même un chercheur non " développementaliste ", comme Michel-Louis Martin, qui privilégie la piste corporatiste pour expliquer les coups d'État en Afrique, est tombé dans le piège des même théories lorsqu'il a écrit à propos de l'armée : " Institution moderne engagée vers le progrès, forcée, par son efficacité et par sa mission, d'être constamment au courant des techniques modernes. Elle sera ainsi amenée à un effort continu de modernisation par les contacts avec les autres nations et d'autres États ".

Notre objectif n'est pas de faire le point sur les théories développementalistes, mais seulement de montrer comment de telles théories ont contribué à renforcer l'imaginaire collectif pour donner une image salvatrice au coup d'État et susciter une espérance auprès des populations. Il est inutile de rappeler que ces discours manquent de pertinence, car les coups d'État ont toujours été justifiés par les mêmes maux, " l'injustice, l'égoïsme et l'indifférence du régime précédent à l'égard du peuple ".

Certains chercheurs ont montré avec plus de lucidité (en se fondant sur les résultats enregistrés par les militaires au pouvoir) les limites et les aberrations de l'interprétation développementaliste. Ainsi, pour Didier Bigo, " les deux termes majeurs de l'analyse sont discutables. Tout d'abord, l'armée est perçue comme un corps homogène, agissant dans l'abstrait, au nom du développement économique de la nation. Ensuite, la nation et l'État n'en finissent pas de se constituer. Ce raisonnement souffre d'une contradiction insurmontable. Á l'origine, on présuppose la nation et l'État, ainsi qu'une volonté nationale, qui, pour advenir, doit se percevoir dans l'armée, alors que celle-ci est censée la représenter et même la construire. Bref, on pose l'existence d'une nation (inexistante) construite par l'armée, censée elle-même être une partie de cette nation, non détachable de l'ensemble, et symbolique même de la nation. La nation, cause finale, devient ainsi l'origine du processus, ce qui referme sur lui-même le cercle de l'interprétation développementaliste, en empêchant toute interrogation sur l'armée, la nation et l'État "

Nous pouvons retenir en tous cas que c'est sur la base de postulats non démontrés et dangereux que l'armée a été considérée comme porteuse d'espérance en accédant au pouvoir dans un contexte de développement improbable. Aujourd'hui, au regard des résultats obtenus par le " soldat modernisateur ", point n'est besoin d'épiloguer sur les limites de ces théories. Mais ce bilan d'échec n'exclut pas pour autant le fait que le soldat rédempteur, dans sa dynamique de persuasion, a fait montre d'une rationalité en tant qu'investisseur politique. Cette rationalité dans la gestion des ressources initiales peut être perçue également dans sa démarche de puissance qui, tout comme le mythe du soldat libérateur, fait partie du capital de confiance initial du prétorianisme.



La démarche de puissance et de supériorité

Le capital de confiance initial, principale ressource politique dont disposent les militaires en franchissant le rubicon, est aussi et surtout une démarche de puissance et de supériorité. Elle fait suite à la victoire que les militaires viennent d'arracher par les armes sur les tenants du régime renversé. Les militaires veulent montrer que leur nouveau pouvoir est garanti par les armes, confirmant la thèse selon laquelle, en Afrique, le pouvoir d'État se trouve au bout du canon et que l'armée est l'axe et le cœur de ce pouvoir.

Donc, au-delà du mythe qu'ils entretiennent savamment (puisque l'un n'exclut pas l'autre), la réalité des ressources initiales dont ils disposent réside dans les armes et dans le monopole qu'ils ont des instruments de coercition. Très tôt, pour montrer leur détermination à utiliser cette ressource, ils n'hésitent pas à menacer les populations, surtout l'intelligentsia civile et les étudiants, potentiellement tentés par des velléités de contestation du nouvel ordre établi. Il est constamment rappelé qu'aucun désordre ne sera toléré, désordre signifiant, dans la phraséologie militaire, réflexion, critique, expression d'opinions contradictoires, soulèvements populaires, manifestations hostiles, et surtout contre-coups d'État.

Cette ressource dissuasive a été régulièrement utilisée au Niger, à la suite du coup d'État du 27 janvier 1996. Dans sa tentative de conservation du pouvoir conquis, la junte militaire s'attaque, au lendemain de sa prise de pouvoir, aux centres potentiels de contestation du nouveau pouvoir établi. Des journalistes, des enseignants et des hommes politiques sont arbitrairement arrêtés. Toutefois, l'opération ne consiste pas seulement à restreindre la liberté des gens. Elle a pour objectif de dissuader d'éventuels contestataires en les obligeant au silence et à la résignation. On comprend mieux pourquoi le régime lui-même laisse courir des informations exagérées sur ces arrestations, qu'il aurait, en d'autres temps, masquées.

Parfois, la démarche de puissance s'adresse également aux autres factions militaires dissidentes qui peuvent se former au sein de l'armée à la suite du coup d'État. Ici, la faction ayant conquis le pouvoir, craignant un contre-coup d'État, investit purement et simplement les positions sensibles de l'autorité militaire que sont l'armement, les munitions, le commandement des hommes et des unités telles que bataillons de chars, aviation et artillerie.

Et lorsque tous ces recentrages ne sont pas de nature à rassurer la faction militaire ayant conquis le pouvoir, celle-ci procède tout simplement à l'arrestation, sans motif crédible, des contestataires potentiels. Le Niger, ici encore, nous donne des exemples intéressants. À la suite du coup d'État du 14 avril 1974, le colonel Kountche utilise la démarche de puissance pour dissuader ceux qui seraient tentés de lui ravir son fauteuil par un contrecoup d'État. Le 15 février 1975, le capitaine Gabriel Cyrille, membre du Conseil militaire suprême (CMS), ministre des Travaux publics, des transport et de l'urbanisme, est arrêté " pour indiscipline caractérisée pouvant porter atteinte à la sûreté de l'État ". Le 2 août, le commandant Sani Souda Sido, vice-président du CMS, est également arrêté sans raison valable, le colonel Kountche se contentant de préciser, dans un message à la nation, que " désormais le bateau Niger n'a qu'un seul maître ".

Dans d'autres pays, la démarche de puissance prend des tournures parfois dramatiques : les contestataires potentiels ne sont pas arrêtés, mais physiquement éliminés. Ainsi, en Centrafrique, au rythme des tentatives supposées ou réelles de coup d'État, la plupart des officiers ayant participé au putsch de Bokassa sont éliminés. Le même scénario est observé au Bénin de Mathieu Kérékou et au Mali de Moussa Traoré, où de nombreux officiers sont éliminés ou écartés des centres de décision militaires.

Au-delà de ces suites brutales de l'action, au départ rédemptrice, des soldats, une question simple, mais malaisée à résoudre, se pose. À qui, parmi le groupe d'officiers ayant conquis le pouvoir, revient-il de détenir la réalité de ce pouvoir, de paraître le plus légitime pour l'assumer ? Cette question reste centrale dans la gestion du pouvoir conquis et surtout dans sa conservation. La célèbre phrase de Seyni Kountche, pour qui le bateau Niger n'avait qu'un seul maître, explique assez bien le conflit de compétence qui peut exister entre les membres de la junte militaire devant gérer le pouvoir conquis. Qu'on ne s'y trompe pas : le prétorianisme est loin d'être une gestion collégiale du pouvoir, même si ce pouvoir a été conquis, en effet par un groupe de militaires. Très souvent, et pour éviter toute confusion à ce sujet, le tenant du capital de confiance initiale finit rapidement par s'imposer dans l'exercice du pouvoir. Et des systèmes de pouvoir personnel remplacent assez rapidement ce qui au départ était une affaire de groupe.

Ainsi, du militarisme censé défendre les intérêts corporatistes de l'institution militaire ou censé conquérir le pouvoir pour une cause, les militaires africains glissent-ils rapidement vers ce que Jacques Lambert appelle le " caudillisme ". Comme l'écrit Ammi-Oz Moshe : " En Afrique Noire, le corps des officiers n'est pas suffisamment homogène pour que la force des armées ne puisse être utilisée par un homme à des fins purement personnelles. Les interventions politiques de l'armée n'ont pas besoin d'exprimer la volonté collective de ce corps ou d'une partie importante de celui-ci, comme elles n'ont pas obligatoirement pour objet de satisfaire l'idéologie ou les intérêts de l'institution militaire ".

Cette observation nous donne des éléments de comparaison entre les interventions des militaires africains dans la vie politique de leur pays et celles des militaires latino-américains, plus anciennes et généralement connues sous le nom de " pronunciamiento ". Il est à cet effet nécessaire de distinguer deux types d'intervention, dites militaires, qui sont de nature bien différente.

Très souvent en Afrique, ces interventions consistent en un recours individuel à la force des armes par une personnalité charismatique qui, à l'instar des caudillos ayant dominé la politique latino-américaine au XIXe siècle, prend le titre de colonel ou général et utilise une clientèle qui lui est fidèle, fut-elle militaire, pour conquérir par la force le pouvoir politique. Au regard de cette précision, Jacques Lambert nous conseille de distinguer le caudillisme avec son corollaire de pouvoir personnifié qui en découle, du régime militaire, un recours à la force ou à la menace par un corps d'officiers soudé, agissant collectivement et qui assignent à l'armée, en tant que corps, un rôle politique. Certes, les coups d'État de la deuxième génération, c'est-à-dire ceux qui ont eu lieu en Afrique au milieu des années 1970 et qui ont permis à Christian Potholm d'utiliser le terme de " modemisateur marxiste " pour qualifier leurs auteurs, s'apparentent à cette deuxième catégorie d'interventions. Mais dans la réalité, qu'il soit " soldat modernisateur " ou " modernisateur marxiste ", le militarisme africain s'est transformé avec l'exercice du pouvoir en régime personnel, " caudillien ", en tout cas bien loin de ce que peut être un régime militaire.

Dans ces conditions, le détenteur de la légitimité des armes est le seul allocataire qui permette à l'élite militaire en position de clientèle politique potentielle d'accéder aux positions de pouvoir pour conforter la démarche de puissance initiée. Ici encore, rien ne sera attribué au hasard. Le militaire, devenu investisseur politique dans sa démarche pour accéder aux positions de pouvoir, démontre encore une fois l'attitude rationnelle du prétorien dans la gestion de ses ressources. Car ici, du haut de son perchoir, le souverain qu'est devenu le militaire rédempteur observe, non sans cynisme, ses fidèles se bousculer aux portes d'entrée, puisqu'il y a en réalité plus de candidats que de postes à pourvoir. Chaque acteur doit donc élaborer la meilleure stratégie afin de ne pas être lésé dans le partage des postes.

Cela donne lieu à des stratégies de déclassement d'une part, à des stratégies de risque de l'autre. Les premières reposent sur la technique de l'exclusion. Entre les militaires, il s'agit de fabriquer des étiquettes et de les coller aux concurrents potentiels, avec pour objectif de les disqualifier aux yeux du " prince ", de diminuer ainsi le nombre de candidats et d'augmenter pour soi l'espérance d'accès, c'est-à-dire la probabilité de décrocher un poste. Un prétendant peut ainsi se voir constamment rappeler sa collaboration avec l'ancien régime. Il peut également être accusé de fébrilité dans son soutien au régime ou à la corporation militaire durant les moments difficiles que celle-ci a traversés et qui ont failli ébranler son pouvoir. En somme, tout est bon pour disqualifier un concurrent dans la course aux postes. Les lendemains de coups d'État sont assez riches d'exemples qui traduisent la réalité de ces stratégies de déclassement.

Les secondes stratégies consistent à se doubler de vitesse dans le marathon vers l'occupation des postes. Ici, les règles traditionnelles de discipline militaire, notamment celles de préséance, fondées sur le primat de l'officier le plus ancien dans le grade le plus élevé, sont battues en brèche au profit de la légitimité tirée soit du degré de participation au coup d'État, soit de la restauration autoritaire suite à la parenthèse démocratique. Le principe hiérarchique, notamment le grade, facteur de régulation dans l'armée, est presque rangé dans les tiroirs. Seul compte le degré d'implication ou de participation à l'épreuve de force ayant permis la conquête du pouvoir ou la restauration. Cette compétition n'est pas sans effet sur la cohésion du corps des officiers. Elle engendre arrogance d'un côté, parce que tel officier ayant participé à l'action est plus apte à un poste à pourvoir, et frustration de l'autre, où des officiers ne supportent pas d'être exclus de ce jeu de distribution de postes. Heureusement, la clairvoyance du " prince " vient, de temps à autre et surtout au moment opportun, arbitrer des situations qui, mal gérées, peuvent être source de conflits au point de provoquer des contre-coups d'État.

Comme on le voit, la démarche de puissance, même si elle constitue la source réelle du pouvoir du militaire rédempteur, est un exercice difficile et extrêmement délicat, tant elle est une arme à double tranchant. Mal gérée, cette ressource provoque des manifestations délégitimant un pouvoir qui, il y a quelques semaines, était légitime en souvenir et au regard des pratiques prédatrices et dictatoriales du régime renversé. Bien gérée, cette ressource permet au militaire investisseur politique d'être et d'acquérir de nouvelles ressources politiques pour, cette fois-ci, durer au pouvoir.

par François BOKO

LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO   Voir les derniers articles

LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO   Proposer un article

LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO   Laisser un mot de soutien à François BOKO



LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO   Recherche rapide sur Free-Togo.com :

Google
 
Web Free-Togo.com

 

LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO

 

LE MYTHE DU SOLDAT RÉDEMPTEUR par François BOKO
Free Togo Kit Graphique